L’école d’art française se trouve actuellement au cœur d’une controverse d’une ampleur inédite. Héritière d’une longue tradition d’ateliers, d’académies et de talents, elle constitue un sanctuaire protégé où s’élaborent des formes, des gestes et des pensées critiques. À ce titre, elle relève d’un enjeu politique culturel majeur : celui de la liberté de création et de transmission.
Ce sont des lieux de production symbolique, d’essai, parfois d’excès. Restreindre leur vocation reviendrait à affaiblir la capacité de notre société à interroger ses représentations, et à prendre la mesure des sens et des rêves.
La restitution publique d’un atelier d’étudiant·es de deuxième année à la HEAR Haute École des Arts du Rhin consacré aux rituels du carnaval agite la machine médiatique, politique et judiciaire. La performance, extraite de son contexte, amplifiée et simplifiée, a suscité une polémique disproportionnée.
Dans le cadre de cet exercice pédagogique, une piñata en carton représentant une voiture de police a été détruite, conformément à l’usage carnavalesque, libérant des feuilles relatant des faits documentés de violences policières dans différents pays.
Ce qui frappe, ce n’est pas tant l’œuvre que la réaction politique et médiatique, comme si la scène artistique devenait suspecte. Comme si l’atelier devait désormais être surveillé. La République a tout à gagner à protéger ces espaces d’invention et de réflexion. Elle ne doit jamais craindre ses artistes, mais au contraire reconnaître leur rôle essentiel : celui de nous rappeler que la liberté, pour être réelle, doit s’exercer pleinement, même lorsqu’elle est subversive.
En ces temps de crispation, il est des moments où la culture doit être défendue avec ferveur. L’Union des Scénographes (UDS) tient à exprimer son soutien aux enseignant·e·s, à la génération émergente d’artistes et aux étudiant·es des écoles supérieures d’art.
Défendre cette génération émergente, c’est défendre la liberté d’expression, la créativité et l’audace nécessaire pour résister à tout ordre moral qui voudrait rendre l’art inoffensif et servile. Et si notre République veut rester digne et grande, elle doit veiller à ce que la flamme de l’art continue de brûler, vive et indomptée, pour éclairer les générations futures.