Enquête- État des lieux sur la rémunération des équipes artistiques du spectacle vivant

Etat des lieux sur la rémunération des Scénographes, créateurs et créatrices lumières et costumes du spectacle vivant

Afin de mieux comprendre les réalités économiques auxquelles nous sommes confronté(e)s en tant que professionnel(le)s du spectacle, nous lançons une enquête sur la rémunération dans notre secteur.

Vos réponses seront traitées de manière confidentielle et anonyme. Les résultats de cette enquête seront partagés avec l’ensemble de la communauté afin de favoriser une meilleure compréhension des enjeux liés à la rémunération dans notre secteur.

Ce formulaire anonyme à pour but de faire un état des lieux de la rémunération des équipes artistiques du spectacle vivant dans un contexte où elle tend à diminuer et où les droits d’auteur semblent de moins en moins rétribués.

Votre participation est essentielle pour obtenir des données précises et représentatives.
Nous vous remercions pour votre mobilisation qui nous permettra notamment de réaliser un document officiel avec des montants de rémunération minimum imposés aux producteurs.

Vos réponses contribueront à éclairer les discussions sur les conditions de travail et à promouvoir des politiques qui favorisent une rémunération équitable pour tous les acteurs du spectacle.
Nous vous invitons donc à prendre quelques instants pour remplir le questionnaire en ligne via le lien suivant :

Nouvelle grille de salaires de la convention collective du privé

Salaires minimaux applicables au 1er février 2024

1 – Afin de favoriser le dialogue social dans les entreprises de la branche du spectacle vivant privé, les partenaires sociaux
« employeurs » s’engagent à communiquer le présent accord à l’ensemble de leurs adhérents. De plus, dans les
entreprises où sont constituées une ou plusieurs sections syndicales d’organisations représentatives, et dans lesquelles a
été désigné au moins un délégué syndical, l’employeur doit prendre l’initiative d’engager, périodiquement, des
négociations portant sur certains thèmes dont, notamment, les rémunérations.
2 – Les partenaires sociaux rappellent que la grille des salaires « Théâtre » de l’Annexe 1 en vigueur depuis le 1er janvier
2024 a été modifiée par l’Accord du 8 novembre 2023, pour les artistes dramatiques employés dans des spectacles de
théâtre. Le montant des salaires de cette grille sont repris dans le présent accord à l’identique.
3 – Les dispositions du présent accord ont vocation à s’appliquer à l’ensemble des entreprises de la branche et tiennent
compte des spécificités des entreprises de la branche qui sont à plus de 98% des entreprises de moins de 50 salariés.
Pour cette raison, le présent accord ne comporte pas de stipulations additionnelles spécifiques pour les seules
entreprises de moins de 50 salariés.

https://synavi.org/wp-content/uploads/2024/02/avenant-_-salaires_-salaires-minimaux-applicables-au-1er-feivrier-2024.pdf
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pour un horizon culturel, appel à l’aide des scénographes

Sculpteurs d’émotions: des créateurs / créatrices de décors, costumes et lumières unis pour un meilleur avenir !

Depuis plusieurs années, l’UDS dénoncent la déconnexion entre les discours des pouvoirs publics et les décisions qui pèsent sur la culture et nos métiers de l’ombre . Les équipes artistiques des productions de spectacle vivant sont confrontées à des problèmes de paupérisation et de non respect de leurs droits de plus en plus importants. Nous avons besoin d’un changement structurel fort ! Des mesures très concrètes sont attendues dans cette période de mutation pour que « mieux produire mieux diffuser » ne soit pas un plan social pour supprimer nos métiers acteurs essentiels de la création.

Le contexte 

Au cours de ces dernières années, de profonds bouleversements, liés à la situation économique

actuelle et à la transition écologique, ont marqué le secteur culturel. L’enjeu tient en un slogan du Ministère de la Culture : “Mieux produire, mieux diffuser”, qui se résume pour les équipes artistiques à “Travailler plus pour être payés moins”…

Les créateurs de décors et de costumes sont parmi les premiers à avoir initié dans leur pratique une véritable transition écologique, en témoigne leur “Manifeste d’éco-scénographie” qui appelle tous les acteurs du secteur à s’inscrire dans une démarche commune d’éco-conception. Cependant, cette démarche implique un temps de travail de conception bien supérieur aux pratiques traditionnelles : recherche de matériaux de seconde main, réajustement des dessins en fonction des matériaux trouvés, réflexion sur le désassemblage des éléments… 

Nos rémunérations sont forfaitaires et rarement en lien avec la réalité. Dans le contexte culturel actuel, nous devons composer avec un système de rémunération qui n’est plus soutenable. Tout semble être fait pour payer de moins en moins les équipes artistiques et leur supprimer des droits qui pourtant, dans les textes, leur sont acquis. Il est de notre responsabilité professionnelle de créer des conditions décentes de rémunération et de faire comprendre les enjeux et mutations de nos métiers. 

Les faits

1 – Des salaires de misère 

Ces dernières années, le monde du spectacle privé parisien a attiré la convoitise d’hommes d’affaires qui ont créé des monopoles, plus intéressés par l’aspect pécuniaire des choses que par leur caractère artistique. Cette situation a abouti à une dégradation esthétique de l’offre culturelle, accentuée par la présence des géants du divertissement sur tous les maillons de la chaîne du spectacle et de la production. 

En effet, afin de bénéficier de la « Garantie de déficit » prévue par l’ASTP (Association pour le Soutien des Théâtres Privés), subventionnée en partie par les pouvoirs publics, de plus en plus de théâtres privés rémunèrent les créateurs bien en deçà du SMIC ! Généralement, un scénographe travaille entre un mois et trois mois sur une création de décors (conception, production de maquettes, plans, dessins, suivi de chantier, suivi des répétitions, montage…), se verra imposer un forfait total plafonné à 1 525 € brut*, soit un taux horaire pouvant varier entre 9 € brut (pour un mois de travail) et 3 € brut (pour trois mois de travail) !!!  

Le Ministère du Travail a notifié en 2023, aux syndicats représentant les producteurs, la situation de non-conformité dans laquelle se trouvent les grilles de salaires de notre convention collective. Le Ministère du Travail invite à un juste rattrapage du montant des salaires des équipes artistiques et techniques dans le spectacle vivant. Ce rééquilibrage est difficilement possible en raison du contexte actuel de stagnation, voire de diminution, des subventions qu’il faudrait plutôt indexer sur l’inflation.

* : plafond de salaire brut en vigueur pour les postes “scénographe”, “costumier”, “éclairagiste” et “chorégraphe” pour bénéficier de la “garantie de déficit” proposée par l’ASTP.

2 – La non reconnaissance du statut d’artiste-auteur

Certains producteurs, dont la majorité des théâtres publics, ne reconnaissent toujours pas le statut d’artiste-auteur des scénographes, créateurs décors, costumes et lumières, pourtant inscrit dans la loi depuis 2017, et exploitent allègrement les œuvres de ces artistes-auteurs sans que ceux-ci bénéficient d’aucune contrepartie financière !

Nous espérons que le plan “Mieux produire, mieux diffuser” viendra consolider et renforcer le respect du droit d’auteur, en créant les meilleures conditions possibles de rétribution sur l’exploitation de nos œuvres. 

3 – La suppression des droits d’auteur 

D’autres théâtres, qui jusqu’alors respectaient la qualité d’artiste-auteur des créateurs, ne veulent plus leur régler de pourcentage sur les recettes pour l’exploitation de leurs créations. Ces théâtres récupèrent une partie du salaire qui leur est dû et le déguisent en droits d’auteur forfaitaires pour ainsi payer moins de charges.

D’autre part, il est de plus en plus difficile pour les auteurs de percevoir une rémunération dans le cadre d’une cession de droits d’exploitation en tournée. 

4 – Une pression de plus en plus importante sur les artistes 

Lorsqu’un créateur demande à percevoir une rémunération décente et des droits d’auteur qui lui sont normalement dûs, il lui est répondu que ce n’est pas possible et que si les conditions proposées ne conviennent pas, un autre créateur sera engagé à sa place… Il ne lui sera évidemment plus proposé de faire une création dans ce théâtre, ni dans un autre géré par le même producteur !

Certains producteurs n’hésitent pas non plus à mettre en concurrence déloyale des créateurs, sans que ceux-ci en soient informés. Chacun d’eux présente un projet et peut apprendre ensuite que, finalement, une autre création est choisie. Il est inutile de préciser qu’ils ne sont alors absolument pas rémunérés pour le travail réalisé (maquette, dessins, croquis…) pour cette création…

5 – Un travail sans contrat 

La quasi-totalité des auteurs de décors, costumes et lumières commence à travailler sans avoir aucun contrat. Une fois le travail commencé, ils sont contraints d’accepter les conditions imposées par les producteurs. Si, pour des raisons financières, la production ne voit jamais le jour, les semaines de travail effectuées ne seront jamais rémunérées.

6 – Une assurance chômage qui ne reflète pas la réalité du métier

En 2015, Hortense Archambault et Jean-Denis Combrexelle ont remis au Premier Ministre leur rapport ”Bâtir un cadre stabilisé et sécurisé pour les intermittents du spectacle” dans lequel ils indiquaient :

“Une réflexion mérite d’être menée au niveau des branches sur une répartition différente de certains métiers techniques étroitement liées à la création artistique. Sans doute faudrait-il, affecter dans l’annexe 10 certaines professions aujourd’hui considérées comme techniques alors qu’elles sont attachées à la conception du spectacle et font partie de l’équipe de création. Ces métiers sont de fait souvent rémunérés de manière forfaitaire et sont très dépendants de leur nature artistique pour trouver un contrat : dramaturge, scénographe, éclairagiste, créateur costume etc… “

Les scénographes, créateurs décors, costumes et lumières devraient donc faire partie de l’annexe 10 de l’assurance chômage des intermittents du spectacle. Aujourd’hui dans l’annexe 8, ils ne peuvent comptabiliser les heures qu’ils effectuent à l’étranger, sont limités à déclarer 8 heures par jour -alors qu’ils en font régulièrement 12-, ne peuvent bénéficier de l’avantage fiscal de 5 % réservé aux artistes du spectacle et perdent des droits à la Formation Professionnelle…

Le constat effectué en 2015 n’a pas changé : les artistes sont dans une situation très fragile ; leur rémunération diminuant, le nombre moyen d’heures de travail déclarées est bien en-deçà de la réalité des heures effectuées . 

Les solutions 

1 – Faire appliquer les conventions collectives 

L’Union des Scénographes demande que les plafonds imposés par l’ASTP soient cohérents avec le temps de travail des créateurs, afin qu’ils soient rémunérés selon le taux horaire brut en vigueur recommandé par la Convention Collective Nationale des Entreprises du Secteur privé du Spectacle vivant. 

2 – Faire respecter la loi 

L’Union des Scénographes demande que les pouvoirs publics fassent appliquer l’article L. 1242-13 du Code du Travail pour que les créateurs aient un contrat de travail au minimum 2 jours ouvrables suivant l’embauche. 

L’Union des Scénographes demande également aux pouvoirs publics de faire respecter le décret 2020-1095 du 28 août 2020 relatif à la nature des activités et des revenus des artistes-auteurs pour que tous les producteurs de spectacles vivants reconnaissent la qualité d’artiste-auteur de ces créateurs et leur versent les droits d’auteur qui leur sont dûs.

3 – Le changement d’annexe

L’Union des Scénographes demande à l’Unedic et à France Travail d’intégrer les créateurs/créatrices de décors, costumes et lumières dans l’annexe 10 comme ils devraient l’être depuis bien longtemps. 

Merci pour toute l’aide que vous pourrez apporter aux artistes afin de conserver la qualité artistique des productions de spectacle vivant.

4- le respect de la charte

l’application de la Charte de 2004 signée entre le syndicat des directeurs de théâtre privés et l’UDS

L’Union des scénographes

Plaidoyer pour la qualité de vie et des conditions de travail

Prévention des risques dans le spectacle vivant.

Le spectacle vivant n’échappe pas aux mouvements de fonds qui affectent le monde du travail. Difficulté de recrutement, évolution des attentes des salariés, nouvelles sources de motivation, recherche de sens… Au cœur de ce « new normal », on devine une exigence de plus en plus forte pour réconcilier engagement et qualité de vie et des conditions de travail (QVCT).

La qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) n’a pas été une préoccupation majeure dans le spectacle vivant, entre métier passion, importantes charges de travail et management peu assumé. La 5e édition des rencontres professionnelles Prévention des risques dans le spectacle vivant, le 19 juin à Lyon, a mis en avant cette préoccupation récente en matière de prévention,

Modèles contrats types

Nos métiers comportent plusieurs parties :

  • Une première liée à la conception d’une proposition artistique de l’espace dramaturgique du spectacle qui prend place sur une scène, une piste, un lieu non dédié…
  • Une seconde liée à la direction de la réalisation matérielle de sa proposition, en lien avec les équipes techniques et artistiques.

ce qui se traduit par un double-statut de la/du scénographe, créateur/créatrice lumière et costumes: 

  • Elle/il est un salarié mentionné dans les conventions collectives du spectacle.
  • Elle/il est artiste-auteur lorsque sa proposition est une création de forme originale.

3 temps peuvent alors être envisagés pour la/le scénographe

  • La conception intellectuelle d’une proposition artistique et technique. Elle donne lieu, par exemple, à la création d’une maquette ;
  • La réalisation matérielle de la scénographie ;
  • L’utilisation de l’œuvre par le producteur lors des représentations du spectacle.

Ce double statut peut être difficile à appréhender, autant pour la/le scénographe que pour ses partenaires. plus d’info sur le site d’artcena

https://www.artcena.fr/precis-juridique/etudes/remuneration-et-frais-professionnels/le-metier-de-scenographe-du-spectacle

Contrat de travail type:

Contrat de cession de droit type :

Document complémentaire:

info: Cotisation Foncière des Entreprises CFE :

l’imaginaire n’a pas d’espace

entretien avec Jean-Guy Lecat, architecte, scénographe, collaborateur et complice artistique, entre autres de Jean-Marie Serreau, Jean-Louis Barrault et, pendant 24 ans, de Peter Brook, est en même temps celle d’un réformateur, transformateur et créateur génial de lieux et d’espaces théâtraux dans le monde entier. Peter Brook, « promoteur » de l’espace vide, avait dit : « l’imaginaire n’a pas d’espace». Le défi de Jean-Guy Lecat est d’en créer, qui, avec quelques indices ou éléments, génèrent l’imaginaire du spectateur.

Je n’aime pas beaucoup cette idée de décor. Décorer, c’est une vision artificielle, une sorte d’illustration de ce qui est dit, comme on le voit trop souvent aujourd’hui avec des projections le plus souvent inutiles. Créer un espace c’est aussi le limiter, l’adapter, l’orienter en fonction du spectacle et de l’acoustique. Il y a une chose très importante que l’on voit dans la vie et dont on doit tenir compte au théâtre : l’œil et le cerveau ne voient pas les choses nécessairement comme elles sont. Au théâtre, s’il y a un obstacle, comme le cadre de scène, tout ce qui se passe derrière paraît loin. L’œil observant décide que c’est loin même si cela n’est pas vrai. J’ai fait beaucoup d’expériences avec mes étudiants dans des workshops, où l’on explore l’espace. En plaçant un étudiant dans un angle ou dans différentes positions dans l’espace, on voit qu’à la même distance, quelqu’un peut paraître plus près ou plus loin, plus grand ou plus petit. Par exemple si on met un acteur dans un angle, il paraît plus petit à cause de la perspective alors qu’il est tout près. Mon travail consiste aussi à jouer avec ces choses-là et faire en sorte que les acteurs paraissent grands, beau et proches du public.

j’ai transformé environ 200 lieux ou espaces urbains pour Peter Brook, il n’y a pas de critères généraux, à part des paramètres propres aux conditions de la représentation théâtrale, comme entre autres le silence et l’acoustique.

Quand j’ai transformé en lieu de représentation le Marché aux Fleurs (Mercat de les flors) à Barcelone, il a fallu couper la circulation dans les rues autour pour avoir le silence. En Australie, au festival d’Adélaïde, pour les mêmes raisons, on a modifié les procédures d’atterrissage des avions et à Düsseldorf on a écarté les trains du lieu de représentation. Mes principes, quand je visite un espace, sont : primo, l’organisation de la relation public/artistes, secundo, la réformation ou l’adaptation du lieu. En transformant l’ancien Matadero (l’Abattoir de Madrid) en salles de théâtre, j’ai essayé d’utiliser le lieu pour ce qu’il est, pour ce qu’il propose. Comme dans la conception de nouveaux lieux ou la récupération des existants, dans la scénographie, il faut avoir cette intelligence d’utiliser et d’adapter les espaces, plutôt que de penser qu’il faille automatiquement construire un décor. C’est cela aussi l’intérêt de jouer dans un lieu qui ne soit pas un théâtre. Le Théâtre des Bouffes du Nord à Paris en est un des exemples. On n’a pas besoin d’y construire un décor, ce théâtre lui-même est un décor. De cette façon le public est dans le décor et participe.

Peter Brook a vidé l’espace recourant au minimum d’éléments qui font fonctionner l’imaginaire du spectateur par leur potentiel poétique et évocateur. Dans Ubu roi par exemple, il n’y avait que trois briques et un feu avec trois acteurs blottis derrière pour donner l’idée d’un village. Et lorsque qu’Ubu monté sur un grand touret arrive on voit immédiatement la sauvagerie d’un tank et qui écrase tout et on pense aux chars chinois à Pékin ou russes à Prague. L’image est forte et paraît simple, mais derrière il y a un grand travail de collaboration entre la lumière, les costumes, le décor et les acteurs. C’est un travail de compagnie où tout se crée conjointement dans le processus de travail. Aujourd’hui ce type de travail est quasiment impossible. Le metteur en scène engage des acteurs, travaille de son cotée et le décor se fait indépendamment du travail des acteurs. Avec Peter Brook on faisait tout ensemble. Le premier jour des répétitions rien n’existait, tout s’inventait petit à petit dans le processus de création. Mais cela n’est possible que quand on a du temps et une compagnie et qu’on veut faire des choses fortes et simples. J’ai été engagé par Peter Brook pour six mois, je suis resté 24 ans, parce qu’on a découvert qu’on avait beaucoup de choses à partager. Pour ma part, j’avais l’expérience de 10 ans de travail avec un architecte Claude Perset, mais aussi avec Jean-Marie Serreau, Jean-Louis Barrault, La MaMa de New York et d’autres, à créer des espaces de théâtre. Brook avait cette vision du travail théâtral qui se fait dans une complicité créatrice, de façon artisanale, dans une recherche de simplicité et d’efficacité. En s’installant dans le théâtre des Bouffes du Nord, que tout le monde voulait restaurer, Brook a décidé de l’utiliser tel qu’il était avec ses traces de vie, ses traces du passé. Si bien qu’on ne pouvait pas ensuite jouer nos spectacles dans des lieux conventionnels. Par exemple, il était impossible de jouer notre Ubu roi sur une scène à l’italienne. Et comme nos spectacles tournaient énormément dans le monde, il fallait toujours chercher des espaces adéquates. Je me souviens de nos grandes tournées, aux États-Unis avec Les Iks de Colin Turnburn en 1976, avec Carmen 800 fois, Ubu roi et d’autres partout dans le monde.

Ces spectacles, très particuliers, comme Le Mahabharata, ne pouvaient pas se donner sur des scènes traditionnelles, de sorte qu’on a trouvé des espaces dont beaucoup sont devenus depuis des lieux permanents de spectacle, comme par exemple le Réservoir de gaz à Copenhague, les dépôts de trams a Glasgow ou Frankfurt ou la carrière Boulbon en Avignon où nous avons créé le Mahabharata. Ce qui est important avec P. Brooks, c’est la dimension universelle de son travail. Si bien que les lieux que nous avons transformés, pouvaient être aussi utilisés ensuite par d’autres. Par exemple le theatre Harvey/Majestic à Brooklyn, que nous avons transformé, est toujours utilisé pour les des spectacles de théâtre, d’opéra et de danse. 

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Scénographie et écoresponsabilité pour un avenir soutenable

La suite complète des conversations sur l’écoscénographie à PQTalks (Quadriennale de Prague 2023) est maintenant disponible en ligne. Quelle occasion rare et incroyable de partager la scène avec de nombreux collègues formidables du monde entier.

« Pour réfléchir au sujet d’actualité de la durabilité dans la conception de spectacles, nous avons invité Tanja Beer, conceptrice, chercheuse et auteure du terme « écoscénographie », à animer une journée intitulée « Conversations sur l’écoscénographie : faire du théâtre dans un monde en changement climatique ». Dirigé par Tanja Beer et Marianne Lavoie, le programme comprend trois panels avec des artistes, des chercheurs, des éducateurs et des étudiants : Introduction à l’écoscénographie ; Enseignement de l’écoscénographie ; et les futurs écoscénographiques. La série comprend également une conférence d’Ecostage, Nos sphères d’influence sont plus grandes que nous ne le pensons.

Table ronde proposée par la fédération XPO – UDS , la fédération des concepteurs d’exposition (www.xpofederation.org ), propose une table ronde transdisciplinaire autour des enjeux de la scénographie écoresponsable du spectacle vivant et de l’exposition. Intervenants : Stéphanie Daniel Philippe Maffre Adeline Rispal Camille Dugas

TABLE RONDE 2 : L’APPROCHE SCENOGRAPHIQUE – WORKSHOP : Construire la durabilité de nos musées

Le Palais des Beaux-Arts de Lille formalise sa démarche de mise en éco-responsabilité en visant tout à la fois des objectifs environnementaux et d’inclusion. En partant de la mise en oeuvre de l’exposition « Expérience Goya », projet innovant d’exposition immersive éco-conçue, le PBA souhaite interroger concrètement la notion de durabilité dans ce qu’elle implique pour les musées. L’objectif de cette initiative spontanée et fédératrice : partager les expériences, susciter la discussion et le débat dans le but d’éclairer nos pratiques et d’enrichir nos capacités d’action sur ces sujets d’avenir. Eco-concevoir une exposition implique de repenser ses méthodes de travail et le dialogue avec les parties prenantes du projet, très en amont jusqu’au plus loin en aval. Quels sont les grandes caractéristiques de l’éco-conception ? Comment optimiser la relation scénographe-maître d’œuvre-fabricant ? Comment se former et s’adapter aux achats responsables ?

INTERVENANTS : Sylvia Amar, Responsable de la Production Culturelle du MuCEM ; Julie Bertrand, Directrice des expositions et des publications de Paris Musées ; Alexis Coussement, éclairagiste (Agence ACL) ; Alexis Patras, scénographe (CROS&PATRAS) ; Adeline Rispal, Présidente d’XPO, Fédération des Concepteurs d’Expositions. ANIMATION : Etienne Bonnet-Candé, administrateur général du PBA

Rencontre SACD-Artcena : Pratiques de l’éco-responsabilité dans le spectacle vivant Dans le cadre du cycle « L’écologie de la création en question », la SACD et ARTCENA proposaient le 7 février 2022 une rencontre intitulée « Pratiques de l’éco-responsabilité dans le spectacle vivant ». Rencontre animée par Gwénola David, directrice générale d’ARTCENA, avec : 🔸 Marine Le Bonnois, administratrice générale, La Pop – incubateur artistique et citoyen et co-présidente d’Arviva 🔸 Elaine Méric, co-directrice de La vie brève – Théâtre de l’Aquarium 🔸 Antoine Raimondi, comédien, metteur en scène, co-directeur artistique de La Débordante Compagnie 🔸 Thibault Sinay, scénographe et président de l’Union des scénographes 🔸 Samuel Valensi, auteur, metteur en scène, responsable culturel du Shift Project

Table Ronde «Economie circulaire et éco-conception : l’art du réemploi», à l’occasion du forum « Entreprendre dans la Culture 2022 » organisé par le ministère de la Culture.

30 juin 2022 – 17h15-18h45 – Amphi Nord
Intervenants : 
Fanny Legros, fondatrice & directrice, Karbone Prod
Stéphanie Mabileau, coordinatrice, Réseau des ressourceries artistiques et culturelles (RESSAC)
Thibault Sinay, président, Union Des Scénographes
Morgan Moinet, architecte D.E Directeur et associé, REMIX Réemploi et Matériaux
Modération :
Sandrine Andréini

Scénographie & Éco-conception : L’UDS « Fédérer, faire des propositions et être relais « 

députées et sénatrices interpellent la ministre de la Culture sur la situation professionnelle des scénographes de spectacle.

Questions au Gouvernement (2023) l’UDS est en lien régulier avec les commissions des affaires culturelles du Sénat et de l’Assemblée nationale. Afin de suivre un sujet précis avec une veille parlementaire

Les questions, écrites et orales, sont des instruments essentiels à l’information des députés et au contrôle de l’activité du Gouvernement.

Les questions écrites sont posées par un député à un ministre. Le ministre interrogé dispose d’un délai de deux mois pour apporter une réponse. Les questions et les réponses sont publiées chaque semaine au Journal officiel.

Question écrite par la députée Sophie Taillé-Polian publiée au JO le : 07/11/2023 page : 9836

Mme Sophie Taillé-Polian appelle l’attention de Mme la ministre de la culture sur la situation professionnelle des scénographes de spectacle. Les scénographes collaborent avec le metteur en scène à la conception de l’espace scénique d’un spectacle. Considérés comme techniciens et non comme artistes du spectacle, alors même qu’ils ont par ailleurs un statut d’artiste-auteur, ils sont rémunérés de manière forfaitaire et travaillent au-delà des heures déclarées. Ils relèvent ainsi de l’annexe 8 des techniciens du spectacle alors même qu’ils font partie de l’équipe de création artistique. L’annexe 10 s’applique aux artistes du spectacle tels que définis à l’article L. 7121-2 du code du travail, lequel article est ainsi rédigé : « Sont considérés comme artistes du spectacle, notamment : 1° L’artiste lyrique ; [….] ». Cette liste comprend treize professions, dont les scénographes de spectacle ne font pas partie. Il semble que, malgré l’usage du mot « notamment » dans la rédaction de cet article, cette rédaction empêche les scénographes de spectacle de relever de l’annexe 10 de la convention d’assurance chômage. Elle lui demande de bien vouloir considérer la réalité du métier de scénographe de spectacle et de prendre les dispositions réglementaires nécessaires à leur rémunération au plus près de leur situation de travail.

https://questions.assemblee-nationale.fr/q16/16-12653QE.htm

Question écrite par la sénatrice Catherine Dumas dans le JO Sénat du 21/12/2023 – page 6983

Mme Catherine Dumas attire l’attention de Mme la ministre de la culture sur la condition des scénographes dans le milieu du spectacle vivant. Ces professionnels, en étroite collaboration avec les metteurs en scène, sont chargés de la création des espaces scéniques. Malgré leur rôle créatif et leur reconnaissance en tant qu’artistes-auteurs, ils sont actuellement classés comme techniciens et rémunérés sur une base forfaitaire, souvent en deçà des heures réellement effectuées. De ce fait, ils sont rattachés à l’annexe 8, réservée aux techniciens, alors qu’ils contribuent pleinement à la création artistique, ce qui les rapprocherait plutôt de l’annexe 10, dédiée aux artistes du spectacle selon l’article L. 7121-2 du code du travail. Cet article, bien qu’utilisant le terme « notamment », ne liste pas les scénographes parmi les treize métiers reconnus, ce qui les exclut de fait de l’annexe 10 de la convention d’assurance chômage. Il lui est donc demandé de prendre en compte la nature artistique du travail des scénographes et d’adapter la réglementation pour que leur rémunération reflète fidèlement leur réalité professionnelle.

https://www.senat.fr/questions/base/2023/qSEQ231209508.html

Lorsque l’espace est premier

table ronde de 2017 des rencontres européennes de la scénographie dirigée par Véronique Lemaire, rassemble les réflexions développées par , Véronique Caye, Éric Soyer et Peter Missotten autour de la question de la scénographie comme espace premier de la création théâtrale. Un carnet de photographies de productions, s’ajoutant aux écrits des auteurs, vient compléter la section.

extraits:

Le XXe siècle naissant voit l’avènement du metteur en scène qui émancipe la représentation de l’adéquation au texte pour la faire évoluer dans le sens d’une interprétation. Le metteur en scène devient dès lors celui qui pense cette interprétation et la livre comme étant son point de vue sur l’oeuvre. Il bouleverse l’ordonnance binaire texte-scène, et la triangule. André Antoine en France, Constantin Stanislavski et Vsevolod Meyerhold en Russie, l’Anglais Edward Gordon Craig et sa célèbre mise en scène de Hamlet à Moscou en 1911, sont quelques-uns de ces nouveaux démiurges qui transformeront la matière textuelle en une matière scénique par le recours à la dramaturgie, définie ici comme l’étude du sens à donner à l’action scénique. Le schéma adopté est à présent : 1) le texte; 2) le metteur en scène; 3) la scène.

On relève aujourd’hui une tout autre approche de la création théâtrale qui consiste à concevoir ou à moduler le texte au départ de l’espace. Dans ce type d’approche, l’espace tient la place de discours liminaire, préside au texte, à la parole et aux corps. C’est en lui, et sous son influence, que se conçoivent le verbe et l’action. Il est le discours initial. Pour ses créateurs, il ne s’agit pas simplement d’une méthode de travail différente; il s’agit d’établir une corrélation inversée entre texte et espace de représentation, c’est-à-dire, en filigrane, de questionner la relation à la mimèsis qui sous-tend notre culture théâtrale. Et, donc, de penser le théâtre autrement.

C’est toute la question de la représentation (figurative ou abstraite) de la réalité qui est ici bouleversée. Non pas au nom d’une énième querelle esthétique théâtrale, mais bien en raison du sens à conférer à l’acte de création même et des possibilités qu’il se donne pour être efficient. En travaillant le propos au départ de l’espace pour aboutir au texte, il s’agit de s’émanciper de la démarche translative et inductive texte + scène = récit, pour accéder à l’émergence du récit par les moyens de l’espace, puis du texte. L’équation se formule dès lors ainsi : scène (ou espace) + texte = récit ou, encore, scène (ou espace) + récit = texte.

En préparation des Rencontres européennes de la scénographie, qui se sont déroulées à Paris aux Ateliers Berthier (Théâtre de l’Odéon) les 27 et 28 octobre 2017, il m’a semblé que la thématique générale envisagée pour l’événement, « De la maquette au plateau », n’embrassait pas complètement l’ensemble de la création scénographique actuelle et qu’une part d’elle la débordait ou, à tout le moins, s’en trouvait dans la marge. Cette conviction n’était pas seulement issue d’un constat de spectatrice assidue, mais aussi de la connaissance des processus de création de certains scénographes dont la singularité m’avait, dix années plus tôt, mise en route vers une thèse de doctorat (Lemaire, 2011). Cette thèse n’interrogeait pas la primauté de l’espace dans le processus de création, mais mettait en lumière les effets de réel qu’un dispositif scénographique peut produire bien au-delà d’un réalisme conforme et matérialiste. Lors de cette recherche, je découvris que ces effets de réel étaient liés au processus de création qui privilégiait l’espace comme condition et donnée première de la création scénographique.

Le premier scénographe à bouleverser la boussole intérieure de la spectatrice que j’étais fut Peter Missotten en 2007, avec Kwartet – sa mise en scène du célèbre Quartett de Heiner Müller –, dont je ne parvins pas tout de suite à identifier la nature. Immédiatement après, je découvris le travail scénographique d’Éric Soyer pour Les marchands (2006), mis en scène par Joël Pommerat. Ce second choc esthétique et le saisissement qu’il provoqua en moi ravivèrent le trouble provoqué par le Kwartet de Missotten. Non qu’ils aient eu quelques points communs, bien au contraire. Mais je sentais, intuitivement encore, qu’un renversement de paradigme esthétique se jouait sous mes yeux et dans mon corps tout entier. Il me fallait creuser cette renverse et, pour ne pas m’égarer, je choisis le cadre doctoral. Des années plus tard, en préparant les Rencontres européennes de la scénographie, il me sembla incontournable d’aborder les créations de Missotten et de Soyer, non pour légitimer ma propre recherche, mais pour diriger l’éclairage sur les leurs. Dans ce cheminement, je découvris le travail de Véronique Caye, dont les recherches outrepassent le strict champ théâtral et, de ce fait, ouvrent la réflexion à d’autres possibles, d’autres poésies.

Les travaux de ces scénographes sont ici présentés dans un ordre qui ne respecte pas la chronologie de leur découverte. L’honneur fait aux dames, et surtout la transversalité du travail scénographique de Véronique Caye (France), veut que nous lui confiions le flambeau pour ouvrir ce dossier. Formée au théâtre et à la réalisation cinématographique, scénographe et vidéaste, fondatrice du Laboratoire Victor Vérité[3], on la qualifie de metteure en scène de l’image. Ses recherches, articulées entre théorie et pratique, interrogent l’espace du théâtre, de la danse, de l’architecture, et de la performance. Les deux créations qu’elle nous expose sont exemplatives de la primauté de l’espace dans le processus de création. Nous enchaînons avec Éric Soyer (France)[4]. Diplômé de l’École Boulle à Paris, scénographe, concepteur lumière, il mène depuis 1997 un compagnonnage étroit avec le metteur en scène Joël Pommerat et la Compagnie Louis Brouillard. Il travaille également avec d’autres metteurs en scène au théâtre et à l’opéra ainsi qu’avec des chorégraphes. Peter Missotten (Belgique) clôt ce dossier. Formé à la vidéographie, aujourd’hui metteur en scène, scénographe au théâtre et à l’opéra, auteur de performances et d’installations, il a participé à la fondation du collectif d’artistes De Filmfabriek[5] en 1994 et se spécialise plus particulièrement dans le métissage de la technologie et du théâtre.

« Au commencement était le verbe […]. Et le verbe s’est fait chair », nous dit l’évangile selon saint Jean. « Au commencement était l’espace », semblent affirmer les scénographes que nous allons découvrir. Loin de toute référence biblique ou de tout geste blasphématoire, ils se saisissent de l’espace comme d’une chair à laquelle donner une parole. C’est à ce voyage esthétique que je vous invite à présent.

article complet ci dessous:

https://www.erudit.org/en/journals/annuaire/2018-n63-64-annuaire05147/1067755ar/

Syndicat National des Scénographes d'équipement, de spectacle et d'exposition ; des costumiers /costumières et des créateurs/créatrices lumières